L'Afrique australe se mobilise contre une invasion de chenilles

Mardi 14 Février 2017

L'ONU a lancé mardi un appel urgent à une mobilisation urgente des pays d'Afrique australe contre l'invasion d'une chenille légionnaire qui fait des ravages dans leurs cultures céréalières et fait déjà poindre la menace de pénuries alimentaires.


Photo fournie le 6 février 2017 à Londres par le Centre pour l'Agriculture et les Bioscienses, d'un épi de maïs dévoré par une chenille afp.com - HO
Photo fournie le 6 février 2017 à Londres par le Centre pour l'Agriculture et les Bioscienses, d'un épi de maïs dévoré par une chenille afp.com - HO
Devant un parterre d'experts internationaux, le coordinateur régional de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), David Phiri, a ouvert une réunion d'urgence à Harare pour exhorter les pays menacés à coordonner leurs efforts.
"Je suis sûr que vous serez tous d'accord pour dire que les approches régionales peuvent être plus efficaces et moins coûteuses si nous partageons mieux l'information et utilisons les structures régionales", a déclaré M. Phiri.
"Nous avons besoin d'utiliser nos capacités collectives pour mettre en place des systèmes qui renforceront la résilience de nos fermiers face à la menace", a-t-il insisté.
Experts et représentants de treize pays sont réunis de mardi à jeudi dans la capitale du Zimbabwe, confrontés à une offensive inédite de la "chenille légionnaire d'automne", originaire des Amériques et récemment introduite en Afrique.
Ces larves ont déjà fait des ravages dans les champs de céréales en Zambie, Zimbabwe, Afrique du Sud et Ghana. Le Malawi, le Mozambique et la Namibie seraient également affectés.
Selon des experts, c'est la première fois que cette espèce cause de telles destructions en Afrique.
Contrairement à l'espèce africaine de ce nuisible, cette chenille "importée" ne s'attaque pas en priorité au maïs mais vise aussi blé, millet et riz, des aliments de base dans une Afrique australe déjà frappée depuis trois ans par une de ses pires sécheresses.
Ces phénomènes sont encore aggravés depuis 2016 par l'anomalie météorologique El Nino.
"La saison 2016-2017 est affectée par des invasions de chenilles qui menacent les récoltes et des épidémies qui frappent le bétail, ce qui menace sérieusement les moyens de subsistance des agriculteurs et affaiblit les efforts déployés contre El Nino", a noté le secrétaire zimbabwéen à l'Agriculture Ringson Chitsike.
- 'Stratégies régionales' -
"Le développement de stratégies nationales et régionales (...) est absolument crucial", a insisté M. Chitsike, évoquant une "grave menace à la sécurité alimentaire".
"La chenille processionnaire d'automne est susceptible de provoquer un sérieux problème de sécurité alimentaire dans toute l'Afrique subsaharienne", a renchéri Kenneth Wilson, professeur à l'Université de Lancaster (Grande-Bretagne).
Selon M. Wilson, l'invasion actuelle a débuté mi-décembre 2016 en Zambie puis s'est propagée jusqu'à l'Afrique du Sud.
Les mêmes insectes venus d'Amérique avaient été repérés plus tôt l'an dernier au Togo et au Nigeria. Certains experts les soupçonnent d'avoir traversé l'Atlantique à la faveur d'importations aériennes de plantes sud-américaines.
La semaine dernière, le Centre international pour l'agriculture et les biosciences (Cabi), une ONG basée au Royaume-Uni, a prévenu que ces chenilles "pourraient se propager dans les prochaines années en Asie tropicale et en Méditerranée, devenant une menace majeure pour le commerce agricole mondial".
Les pesticides chimiques peuvent être une solution pour l'enrayer, mais sur le continent américain ces chenilles légionnaires ont déjà développé une résistance aux insecticides.
En décembre, les autorités zambiennes avaient mobilisé l'armée pour acheminer des pesticides dans plusieurs provinces affectées par les insectes. Celles du Zimbabwe ont elles aussi distribué des produits chimiques aux paysans.
D'autres envisagent de creuser des tranchées autour des champs à protéger, de recourir aux oiseaux, prédateurs des chenilles.
"Il est très difficile de contrôler l'invasion, donc (les fermiers) vont devoir utiliser différentes méthodes, y compris parfois brûler les récoltes", a déclaré M. Phiri avant la réunion.

Diasporas-News

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