Migrants: Merkel insiste sur les expulsions de sans-papiers

Mardi 14 Février 2017

Angela Merkel a insisté mardi devant son homologue tunisien, très récalcitrant, sur le fait que les expulsions de demandeurs d'asile déboutés en Allemagne puissent être accélérées, un sujet hautement sensible depuis l'attentat de Berlin commis par un migrant tunisien radicalisé.


La chancelière allemande et le Premier ministre tunisien Youssef Chahed se recueillent sur la place du marché de Noël à Berlin où 12 personnes avaient été tuées le 19 décvembre 2016 lors d'une attaque terroriste, le 14 février 2017 afp.com - John MACDOUGALL
La chancelière allemande et le Premier ministre tunisien Youssef Chahed se recueillent sur la place du marché de Noël à Berlin où 12 personnes avaient été tuées le 19 décvembre 2016 lors d'une attaque terroriste, le 14 février 2017 afp.com - John MACDOUGALL
"L'an dernier, selon mes données, 116 ressortissants tunisiens ont quitté l'Allemagne" après avoir été déboutés de leur demande d'asile, a indiqué la chancelière lors d'une conférence de presse commune à Berlin. "Ce n'est pas encore assez rapide et nous discutons de comment on peut améliorer ce processus et comment le faire sans difficulté", a-t-elle ajouté.
Mais avant même sa rencontre avec Angela Merkel, le Premier ministre tunisien Youssef Chahed avait rejeté en bloc les demandes de l'Allemagne qui reproche à Tunis de freiner ces expulsions --1.000 à 1.500 dossiers-- en particulier s'agissant de personnes liées à la mouvance salafiste. Berlin adresse le même type de reproches à l'Algérie et au Maroc.
Cas emblématique, la Tunisie est accusée d'avoir bloqué des mois durant en 2016 le rapatriement d'Anis Amri, l'homme qui finira par tuer 12 personnes le 19 décembre en attaquant au camion-bélier pour le compte du groupe Etat islamique un marché de Noël à Berlin.
"Les autorités tunisiennes n'ont fait aucune erreur", a affirmé Youssef Chahed dans une interview au quotidien populaire Bild mardi, semblant même rejeter la faute sur l'Allemagne.
- Sujet politique brûlant -
"Nous attendons des autorités allemandes des preuves limpides que la personne est vraiment tunisienne. Les migrants clandestins utilisent de faux papiers et ralentissent la procédure", a-t-il dit.
A l'issue de son échange avec Mme Merkel, M. Chahed s'est contenté d'appeler à "mieux" se coordonner, alors que dans Bild il minimisait l'ampleur du problème: "c'est un nombre très restreint".
Il y a un an, l'Allemagne avait déjà dénoncé la lenteur des expulsions après que la police eut établi que l'essentiel des auteurs identifiés des centaines d'agressions sexuelles commises la nuit du Nouvel An à Cologne étaient originaires d'Afrique du Nord et en situation irrégulière.
Toujours dans Bild, le Premier ministre tunisien a aussi dit "non" à Mme Merkel sur son idée de camps en Tunisie pour y accueillir les migrants sauvés au cours de leur traversée de la Méditerranée depuis la Libye et empêcher ainsi leur arrivée en Europe.
Les deux dirigeants ont affirmé ne pas avoir évoqué le sujet mardi.
En pleine année électorale la thématique est devenue brûlante pour la chancelière, attaquée jusque dans son camp conservateur pour sa politique d'accueil des migrants de 2015, lorsque près d'un million de demandeurs d'asile étaient arrivés.
Le parti populiste anti-immigration AfD profite de la situation pour s'ancrer dans le paysage politique, accusant Mme Merkel d'avoir mis le pays en danger.
Le gouvernement allemand est d'autant plus exaspéré que statistiquement Tunisiens, Algériens et Marocains n'obtiennent le statut de réfugié que dans respectivement 0,8%, 2,7% et 3,5% des cas.
Mais le sujet des expulsions est aussi très sensible en Tunisie, pays gangréné par le chômage des jeunes. Nombre de familles vivent en effet de l'argent de proches installés en Europe.
- Soutenir la Tunisie -
Par ailleurs, fin 2016, dans la foulée de la polémique sur Anis Amri, les manifestations s'y étaient multipliées contre le retour des jihadistes tunisiens.
Car avec quelque 5.500 ressortissants, selon l'ONU, dans les rangs d'organisations comme l'EI, en particulier en Irak et en Syrie, la Tunisie est l'une des principales terres de recrutement pour ces groupes.
Leur retour pourrait s'avérer catastrophique pour un pays qui a réussi, malgré la crise économique et des attentats à répétition, à préserver sa stabilité et ses progrès démocratiques pour devenir le seul rescapé des "Printemps arabes".
La chancelière a d'ailleurs assuré vouloir soutenir la Tunisie par "un large partenariat qui permette aux gens de ne plus se retrouver dans la situation où ils se disent: 'je dois tenter ma chance en Europe'".
Elle a ainsi promis l'aide de l'Allemagne en matière de formation professionnelle, de sécurité intérieure et d'investissements.
La cheffe de gouvernement a en outre annoncé qu'elle se rendrait au printemps en Tunisie.

Diasporas-News

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