L'affaire Ben Barka évoquée dans les mémoires d'un ancien Premier ministre

Vendredi 9 Mars 2018

L’ancien Premier ministre marocain Abderrahmane Youssoufi qui a dirigé le pays de 1998-2002 évoque dans ses mémoires l'enlèvement non élucidé de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka à Paris et le rôle, selon lui "majeur", du dernier suspect toujours en vie, Larbi Chtouki.


L'ancien Premier ministre marocain Abderrahmane Youssoufi qui vient de publier ses mémoires "Récits du passé" évoquant l'affaire Ben Barka le 8 mars 2018 à Rabat afp.com - STR
L'ancien Premier ministre marocain Abderrahmane Youssoufi qui vient de publier ses mémoires "Récits du passé" évoquant l'affaire Ben Barka le 8 mars 2018 à Rabat afp.com - STR
Figure de proue du mouvement anticolonialiste, Mehdi Ben Barka a été enlevé le 29 octobre 1965 à Paris. Son corps n'a jamais été retrouvé et sa famille s'interroge toujours sur son sort, sur l'identité de ses assassins, sur les responsabilités de la France et du Maroc ou même d'Israël et des Etats-Unis.

"Tout le monde sait que ce Larbi Chtouki n'est autre que Miloud Tounzi des services secrets marocain +Cab 1+, mais il l'a toujours nié, même si les autorités françaises l'ont identifié" avec des expertises graphologiques, révèle M. Youssoufi, figure de la gauche marocaine dans ce livre de confidences, écrit par un de ses amis, M'barek Bouderka, et salué comme un évènement au Maroc.

Dans l'affaire Ben Barka, un premier procès en 1967 a permis d'établir que l'enlèvement avait été planifié par les services secrets marocains avec la complicité de policiers et de truands français.

"Larbi Chtouki a joué un rôle majeur, c'est lui qui a établi tous les contacts avec les quatre tueurs" et assurait la coordination de l'enlèvement, affirme M. Youssoufi dans ses mémoires intitulées "Récits du passé".

Miloud Tounzi "a fini par avouer devant l'Instance équité et réconciliation qu'il utilisait un passeport au nom de Larbi Chtouki", affirme cet ancien compagnon de route de Ben Barka qui accepta en 1998 de prendre la tête d’un "gouvernement d’alternance" à la demande du roi Hassan II, après des décennies de pouvoir absolu.

-'Trop tard'-

Dans son livre, Abderrahmane Youssoufi affirme qu'en avril 1965, six mois avant l’enlèvement de Ben Barka, Hassan II avait dit devant lui qu’il était "trop tard" pour envisager que l’opposant revienne au Maroc - où il avait été condamné à mort par contumace en 1964.

Cette phrase ambigüe avait été prononcée pendant une rencontre avec des dirigeants de l'Union des Forces Populaires du Maroc (UNFP) consacrée à la possible formation d'un gouvernement d'union nationale, selon son récit.

Cette alternance "consensuelle" allait permettre à la gauche de gouverner, après 38 ans d'opposition.

Arrêté deux fois pendant "les années de plomb", en 1960 et 63, libéré en 1964, exilé de 1965 à 1981, Aderrahmane Youssoufi devint ainsi l'unique opposant dans le monde arabe à prendre la tête d'un gouvernement dit d'alternance.

Son retrait de la vie politique en 2003 avait été interprété comme un constat d'échec de la transition démocratique promise. Il s'était alors retiré de la vie politique et astreint au silence.

La parution de son livre, qui coïncidait avec l'anniversaire de ses 94 ans a été célébrée par un hommage à Rabat, en présence notamment de l'ancien Premier ministre espagnol Felipe Gonzales et du diplomate et politicien algérien Lakhdar Brahimi.

- Évasif -

Le premier tome de ses mémoires relate son histoire personnelle, sa trajectoire de militant pour l'indépendance nationale, son engagement contre le régime d'Hassan II avant sa décision de coopérer avec lui.

Il décrit factuellement les principaux épisodes de l'alternance et les résistances rencontrées par son gouvernement, mais reste évasif sur plusieurs points sensibles.

Dans l'affaire Ben Barka, le ministre marocain de l'Intérieur de l'époque, Mohamed Oufkir, a été condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité en 1967 aux assises de Paris, en même temps que quatre truands français impliqués dans l'enlèvement et le dénommé "Larbi Chtouki". Deux Marocains soupçonnés d'avoir participé à l'enlèvement et visés par un mandat d'arrêt sont décédés en octobre 2015 et septembre 2017.

Le juge d'instruction en charge de l'enquête française de 2004 à 2013 avait aussi lancé un mandat d'arrêt en 2007 contre le dénommé "Larbi Chtouki". Sans résultat. Il y a deux ans, ce magistrat déplorait que le suspect puisse vivre "tranquillement à Rabat, à quelques mètres de l'avenue Ben Barka".

Diasporas-News

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